France : Disparu en 1917

Il aura attendu près d’un siècle avant de reposer dans une dernière demeure digne, auprès de ses camarades de combat. Le cimetière militaire de La Chaudière, à Vimy, compte depuis hier une nouvelle stèle sur laquelle est inscrit un nom, celui de Thomas Lawless.

« Je suis venue pour enterrer le frère de mon père que je n’ai pas connu. Parce qu’il est mort dix ans avant ma naissance. J’ai beaucoup entendu parler de lui. D’ailleurs, on a toujours dit que je lui ressemblais beaucoup »… Forte émotion que celle de la nièce du soldat Lawless, Mena Lawless, venue spécialement d’Irlande avec sa fille Mina. « C’est bien d’avoir pensé à honorer sa mémoire. Parce que jusqu’à aujourd’hui, il était juste disparu. Le Canada a bien fait les choses et a pris le temps de l’identifier. » Huit années précisément de recherches historiques et de tests biologiques. Une plongée dans les archives du personnel militaire, les registres de sépultures, les journaux de guerre, les cartes et les historiques des régiments. Avant de passer le relais aux spécialistes de l’anthropologie physique qui étudient les ossements. Desquels ils extraient l’ADN que l’on compare à celui de leurs descendants. Et c’est ce qui est arrivé avec la famille du soldat Lawless. Sa nièce se rappelle, de ce coup de téléphone reçu un jour, lui indiquant qu’on avait peut-être retrouvé son oncle. Elle donne de son ADN, et on réussit à mettre un nom sur une dépouille.

Rendre un dernier hommage à ses soldats, le Canada en fait un devoir. Comme le rappelle le sergent Morin, qui commandait le détachement militaire, hier à Vimy et représentait le régiment au sein duquel avait combattu le soldat Lawless, le 49e bataillon du corps expéditionnaire canadien. « Jamais on n’oublie un de nos frères du régiment. Atteindre cent ans, deux cents ans, ça ne nous dérange pas. Nous avons fait le déplacement spécialement pour cette cérémonie. C’est un honneur et aussi un devoir c’est même la moindre des choses. » Et fouler cette terre de Vimy si chère aux Canadiens ? « Vous le savez, il y a une expression qui dit que c’est à Vimy que le Canada est devenu une nation. Dans nos cours d’école militaire on apprend ce qui s’est passé ici. Et on continue à appeler un peloton du nom de Vimy. C’est une grande fierté nationale. » D’où l’importance de cette cérémonie avec tous les honneurs militaires rendus par les représentants des différents corps d’armée. Trois salves de tirs de fusils, une prière aussi un drapeau canadien ôté du cercueil et remis à la famille, des gerbes de fleurs. Le tout après une cérémonie plus privée dans l’église de Vimy. De l’émotion, certes mais pas de larmes. Une immense satisfaction d’offrir à un soldat de la Première Guerre mondiale un lieu de repos digne.

Le soldat Thomas Lawless nait le 11 avril 1889, à Dublin, en Irlande. En 1909, il immigre au Canada avec son frère, Matthew, et travaille comme ouvrier agricole en Alberta. Lorsque la guerre est déclarée en Europe, Matthew s’enrôle au début de 1915 mais décourage Thomas de faire de même. Malgré tout, neuf mois plus tard, Thomas s’enrôle à son tour dans le corps expéditionnaire canadien et finit par servir au sein du 49e bataillon. La nuit du 8 au 9 juin 1917, l’unité participe à un raid massif contre les lignes allemandes au sud d’Avion. On dira que ce raid fut un grand succès. Toutefois le bataillon y perdit trente-six hommes. Parmi ceux-ci, seize sont portés disparus. À l’occasion d’un chantier, à Avion, en 2003, deux dépouilles furent découvertes. Le premier corps identifié fut celui du soldat Herbert Petersen, qui fut inhumé en 2007 au cimetière de La Chaudière à Vimy. Il fallut attendre janvier 2011, pour mettre le nom du soldat Thomas Lawless sur les autres ossements.

À ce jour, la terre de Vimy cache encore les corps de quatorze soldats du 49e bataillon du corps expéditionnaire. Parmi les 11 285 noms qui sont inscrits sur le monument canadien de Vimy et qui rendent hommage à tous ces soldats sans sépulture connue. Durant la Première Guerre mondiale, 66 000 soldats canadiens périrent.

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Mercredi 16.03.2011, 05:04 – PAR EMMANUEL CRÉPELLE

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