Canada : Neuf corps laissés en plan dans un salon funéraire de Montréal

Neuf familles vivent un deuil particulièrement douloureux dans la région de Montréal. Le directeur funéraire à qui elles avaient confié la dépouille de leurs proches est disparu, sans laisser de nouvelles. La famille et les amis de Françoise Martin n’en reviennent toujours pas. Le directeur de funérailles, Patrick Fortin, a exigé 1500 $ pour prendre en charge le corps de Mme Martin, décédée le 31 mars dernier. D’après l’entente convenue, il devait l’incinérer cinq jours plus tard. Pourtant, la famille est restée sans nouvelles pendant 22 jours. «C’est incroyable comment on peut se sentir en dedans, a confié Hélène Coulombe, une amie de Françoise Martel. Et on ne peut pas s’imaginer qu’une personne peut être aussi méchante pour faire ça!» L’Office de la protection du consommateur a demandé au ministère de la Santé de révoquer le permis de directeur de funérailles de Patrick Fortin. Son permis a été révoqué le 10 avril dernier, mais il a fallu attendre sept jours après cette révocation avant que des fonctionnaires ne se rendent au salon funéraire, situé à l’Épiphanie. Ils ont trouvé neuf corps dans la morgue. Ce délai de sept jours avant l’intervention est dénoncé par la corporation des thanatologues du Québec. «Écoutez, au Québec, on est tous émus de voir des veaux maltraités. Le MAPAQ est intervenu, la SPCA, la SQ a débarqué. Là, on a des personnes qui sont mortes et pendant sept jours, personne ne s’en préoccupe. C’est intolérable!», a commenté Nathalie Samson, directrice générale de la corporation des thanatologues du Québec. La maison Magnus Poirier a finalement repris les neuf corps et a exaucé les dernières volontés des défunts. L’OPC tente de retracer les autres clients du salon qui auraient pris des arrangements préfunéraires et en a contacté une soixantaine jusqu’à maintenant.  Patrick Fortin n’en est pas à ses premières frasques. Il a été condamné depuis 2006 à 280 000 $ d’amendes parce qu’il avait omis de verser dans un compte en fidéicommis l’argent que lui avait remis ses clients pour des arrangements préfunéraires. Néanmoins, puisqu’il est thanatologue, il peut toujours travailler pour sa femme, qui a un permis et qui a aussi été condamnée pour les mêmes infractions à la loi. Source : Canoe.ca

« J’ai mis en bière les cinquante corps du vol AF 447 »

YVES MERZ | 30.01.2010 | 00:10
BRÉSIL | Ancien apprenti de commerce à Migros Genève, Frédéric Schroeder est devenu patron d’une petite entreprise de pompes funèbres à Cabo Frio, au nord de Rio. Spécialisé dans le service aux étrangers, il s’est occupé des corps repêchés après le crash de l’Airbus dans l’Atlantique, en juin 2009.

YVES MERZ | 30.01.2010 | 00:10

Frédéric Schroeder Irapoan n’oubliera jamais le téléphone qui le réveilla le 16 juin 2009, à 9 h, chez lui, à Cabo Frio. «Lorsque j’ai compris que c’était le directeur du secteur rapatriement des Pompes funèbres générales de Paris, mon sang n’a fait qu’un tour. J’ai tout de suite compris le but de son appel. Dès ce moment, tout s’est accéléré. Ce coup de fil a bouleversé ma vie», raconte ce jeune patron de 31 ans, genevois par son père et brésilien par sa mère.

Seize jours après l’accident du vol Air France 447, survenu le 1er juin, Didier Gautin, du premier groupe privé de services funéraires en France, contacte celui en qui il a le plus confiance au Brésil. D’un ton grave, il lui propose de prendre en charge tous les corps, brésiliens et étrangers, qui ont été repêchés au fond de l’océan Atlantique.

A la tête d’une modeste entreprise (cinq employés permanents), de surcroît à 2000 km de Recife une ville de 3,5 millions d’habitants qui compte à elle seule 300 adresses de pompes funèbres, Frédéric Schroeder avait peu d’espoir d’obtenir ce contrat. Au lendemain de la catastrophe aérienne, il avait pourtant contacté OGF et Anubis – autre grand groupe européen spécialisé dans le rapatriement des corps – pour proposer ses services. Qui ne tente rien n’a rien…

Donner du réconfort

Au Brésil aussi, le rêve américain existe. Ce n’est pourtant pas l’ambition qui a poussé l’ancien apprenti de Migros Genève vers cette profession si particulière. «Depuis très jeune, le cérémonial des obsèques me fascine: l’importance de l’événement, le fait que les gens n’y sont jamais vraiment préparés, que nous sommes tous égaux devant la mort. Puis il y a l’émotion, parfois la détresse, surtout quand on perd subitement un proche à des milliers de kilomètres de chez soi. Notre rôle est de réconforter les personnes qui vivent ces moments difficiles.»

Gérant à 20 ans, patron associé à 30, Frédéric a su gagner la confiance des ambassades et des assurances internationales. Mais la réputation de l’entreprise s’est aussi bâtie à son insu: parce que derrière la plupart des décès d’étrangers au Brésil, il y a un sordide fait divers relayé par les médias locaux. Parfois, ces histoires font du bruit au-delà des frontières brésiliennes: lorsque, en 2006, Frédéric recueillait le corps criblé de balles de l’ancien attaché de presse de la police genevoise, la Tribune de Genèvetitrait: «Le croque-mort de Di Camillo est un Genevois!» Ce 16 juin 2009, c’est le monde entier qui a les yeux rivés sur l’accident de l’Airbus A-330. Parce que c’est la plus lourde catastrophe de l’histoire d’Air France: 228 morts, de 32 nationalités différentes. Mais aussi parce que, à cette date, les causes sont encore inconnues, que l’on n’a retrouvé que 50 corps et que l’avion transportait de nombreuses personnalités, dont un PDG de Michelin, un PDG de ThyssenKrupp, de nombreux autres hommes d’affaires et le prince du Brésil, Pierre-Louis d’Orléans-Bragance.

Le 17 juin, quand le croque-mort mandaté arrive à Recife avec son associé et le chef d’une équipe d’embaumeurs recrutés à Sao Paulo, tous les cadavres repêchés sont à la morgue, au frigo, sous l’autorité de la police brésilienne. Certains sont identifiés, d’autres suivront le protocole d’identification d’Interpol. Les médecins légistes spécialistes des dents, de l’ADN, des empreintes digitales sont à pied d’œuvre.

«Dans un premier temps, les corps sortis de la mer ont été acheminés sur l’île de Fernando de Noronha, située à 550 km au large de Recife. Là, ils ont été dévêtus, photographiés, et on leur a donné un numéro d’identification de cadavre (NIC). Lorsqu’à Recife les autopsies ont été terminées, que les familles ont été informées et que nous avons reçu l’autorisation de lever les corps, j’ai personnellement dû vérifier que les numéros indiqués sur un bracelet correspondaient bien aux documents. Voir ces corps en décomposition avancée fut évidemment un moment très pénible.»

Officiellement «libérés», les cadavres passent sous la responsabilité du croque-mort. «Nous avions loué des locaux dans un cimetière de Recife pour procéder aux embaumements. C’est là que les cercueils attendaient d’être emmenés aux quatre coins du Brésil et du monde. Nous avions organisé une chapelle ardente et nous recevions quotidiennement des représentants des ambassades et des consulats. Seules cinq familles sont venues chercher leur proche sur place. Une douzaine de gardes s’occupaient de sécuriser le périmètre, surtout à cause des médias, qui nous harcelaient. J’étais continuellement en contact avec les familles.»

Pour la plupart, les choses se sont déroulées normalement. Une fois identifiés, les corps ont été mis en bière, puis rapatriés. «Mais il y a eu quelques cas particuliers. La famille du prince de Bragance, par exemple, exigeait la plus totale discrétion, sachant que les médias brésiliens étaient à l’affût, prêts à suivre le corps jusque chez lui, à Petropolis. Pour brouiller les pistes, nous avons dû organiser deux corbillards à la sortie de l’aéroport de Rio. L’un partait vide vers Petropolis, alors que l’autre prenait une route détournée.»

Proches sous le choc

«Il y a aussi eu le cas de ce père venu de France récupérer le corps de sa fille. Ce qu’il voulait, c’était refaire exactement le même parcours qu’elle dans le sens inverse, sur le siège du même numéro, aux mêmes heures, comme pour remonter le temps. Je me souviens aussi avoir reçu les appels de trois femmes qui prétendaient toutes être l’épouse légitime d’un passager africain. Imaginez mon embarras. Et celui des assurances!»

Ce 1er janvier 2010, alors qu’il est paisiblement installé au bord de la mer pour l’interview, la sonnerie du téléphone de Frédéric retentit. «Le croque-mort est atteignable toute l’année, vingt-quatre heures sur vingt-quatre», s’excuse-t-il. Un hôtel s’est effondré suite à des inondations à Ilha Grande, au sud de Rio. On compte déjà 17 morts. Un ange passe…

«Je suis resté presque deux mois à Recife pour m’occuper de ces 50 cadavres. J’avais la photo de chacune des personnes, que les familles m’avaient envoyées. Je connaissais leur histoire. Je n’ai pas eu affaire à des cadavres anonymes. Moi aussi, j’ai dû faire mon deuil. Il faudra encore beaucoup de temps pour tenter d’oublier.